L'Ukraine ... nouvel enjeu géostratégique !

Publié le par Muratko Muratko

 

 

 

U K R A I N E   :  L ' E C H I Q U I E R  G E O S T R A T E G I Q U E

 

Avant de commencer à parler de l'Ukraine il faut se remémorer quelques points très importants plutôt que de se focaliser sur le côté journalistique de cette fameuse révolution dite "orange" et qui est un remake de la révolution dite "des roses" en Géorgie, ni l'une ni l'autre ne sont de vraies "révolutions" mais de vraies renversements de gouvernement et de remplacement de pions par d'autres, c'est mon avis.

L'ancien conseiller national à la sécurité des Etats-Unis, Zbigniew Brzezinski, publia en 1997 sous le titre « Le grand échiquier » un livre sur la stratégie américaine de la suprématie qui fit sensation. Par « échiquier », il entendait l'Eurasie, cette immense masse terrestre comprenant deux continents et abritant la plus grande partie de la population du globe.

La thèse fondamentale du livre est celle-ci : « Comment en particulier prévenir l'émergence d'une puissance eurasienne dominante qui viendrait s'opposer à eux? Tels sont aujourd'hui les problèmes essentiels qui se posent aux Etats-Unis s'ils veulent conserver leur primauté sur le monde». Brzezinski en tirait cette conclusion : « L'Eurasie demeure par conséquent l'échiquier sur lequel se déroule le combat pour la primauté globale ».

Il est utile, quand on observe les événements de ces dernier mois en Ukraine, de se remémorer ces lignes. Si un homme orienté vers l'Occident et lié aux Etats-Unis par de nombreux intérêts politiques et économiques comme Victor Iouchtchenko, parvient au pouvoir, les Etats-Unis occuperont une case d'importance stratégique et peut-être même décisive sur l'échiquier global de Brzezinski.

En considérant l'ensemble de la politique étrangère américaine des quinze dernières années vis-à-vis de la Russie post-soviétique on y remarque une constante. Indépendamment des hauts et des bas de leurs relations bilatérales, tantôt étroites tantôt tendues, les Etats-Unis ont systématiquement oeuvré pour contenir l'Etat russe qui avait succédé à l'Union soviétique. L'Union soviétique ayant constitué pendant quatre décennies le principal ennemi et obstacle à une domination sans restriction du monde par l'impérialisme américain, il fallait à tout prix empêcher que la Russie ne joue un rôle, ne serait-ce même qu'approximativement celui joué par l'Union soviétique, à cela vient s'ajouter l'ombre de la future puissance mondiale chinoise.

Il n'y a aucun doute, tout sera fait pour contenir par divers jeux politiques ( et militaires ) une possible accèssion de la Russie actuelle au statut de puissance mondiale comme au temps de l'U.R.S.S., les troubles dans le Caucase pourrait être l'oeuvre de l'administration militaro-industrielle américaine, la manipulation à toujours été de mise tant du côté russe qu'américain dans cette région hautement stratégique.

L'ukraine vient d'être , pour l'instant arrachée à l'influence directe de Moscou, oui mais pour combien de temps ? Demain tout peut changer, tout peut arriver, y compris un conflit sanglant ou une contre-révolution qui ne sera tout sauf "orange" !

 

Démocratie, le style ukrainien

"En quoi la démocratie américaine est-elle différente de la démocratie russe ? Aux USA, chaque citoyen peut venir à la Maison Blanche et critiquer Bill Clinton. En Russie, chaque citoyen peut venir au Kremlin et critiquer Bill Clinton." Cette blague qui reflétait une tendance générale était en vogue il y a quelques années. Aujourd'hui, les citoyens de chaque pays peuvent dire tout ce qu'ils veulent près des principaux bâtiments du pays ou siège le président. Cependant, pour les républiques post-soviétiques, c'est un grand progrès. Même dans la jeune démocratie naissante beaucoup de gens ne se bornaient encore qu'à critiquer les dirigeants étrangers et encore avec une certaine retenue. Une personne, de quelque nationalité qu'elle soit, devrait être libre de ses choix, pensées et opinions. C'est un besoin naturel et universel. Cependant, beaucoup de gens ayant constamment vécu sous le contrôle des autorités ne savent pas ce qu'il faut faire de la liberté quand ils l'ont obtenue. ce qui est et fut le cas dans la plupart des républiques ex-soviétiques, et plus encore en Russie post-soviétique ... je dois tout de même ajouter qu'une certaine anarchie a été entretenue dans certaines régions, comme dans le Caucase.

Quand l'Ukraine reçut son indépendance et sa liberté, certaines personnes réussirent à s'adapter au changement d'environnement et ont utilisé leur chance d'auto-réalisation. Ce fut la naissance d'une classe "moyenne" en Ukraine. Au début, ces personnes ont ouvert des kiosques, puis des magasins et plus tard de grandes boutiques et des supermarchés. Les cafétérias Shabby se sont transformées en beaux cafés. Et sans prétention, ces cafés sont devenus des bars de bonne réputation. Les taxis publics ont été forcés de concurrencer les taxis privés dont les services étaient bon marché et plus confortables pour les clients. Petit à petit, la majeure partie de la société ukrainienne s'est engagée dans les affaires. Les gens sont devenus plus indépendants, sûrs d'eux, capables d'évoluer personnellement, professionnellement et financièrement. Cependant, il y eut un autre groupe d'Ukrainiens généré par le processus de construction de cette société démocratique. Au début, ces personnes se déclaraient libres à chaque coin du pays. Plus tard, ils se sont mis à casser les vitres et à piller les magasins. Puis, ils ont commencé à voler les gens dans la rue et ont utilisé la violence. Ces personnes avaient compris "liberté" dans le sens de "tout est permis". C'était du temps de l'intense activité criminelle ukrainienne. Les citoyens ne supportaient plus les lois, gémissant alors avec frustration : "Nous ne voulons pas d'une telle société démocratique ! Auparavant, les gens étaient disciplinés car ils avaient peur des autorités : "Maintenant, nous n'avons plus d'autorités, plus de peur, plus rien." Il a fallu attendre 7 années pour que des changements véritables se fassent jour. Avec la croissance de l'Ukraine en un pays indépendant, toutes les couches de la population, y compris les criminels, évoluèrent intellectuellement. Comparé à 1993, les vols à la tire sont devenus assez rares (bien qu'il y en ait toujours). Pourtant, il y eut une hausse des crimes en cols blancs, tel que le blanchiment d'argent ou le piratage informatique. Maintenant, à Kyïv, vous pouvez voir de temps à autre, des gens tenant une multitude de meetings près du Parlement, des Ministères ou d'autres corps administratifs. 

De ces années d'apprentissage de la démocratie on peut conclure deux choses : ce n'est pas facile ... d'ailleurs rien n'est facile mais c'est beaucoup mieux qu'avant comme en conviennent beaucoup d'Ukrainiens et plus plaisant que de reconstruire ou réecrire le communisme, ce que les Ukrainiens  ont déjà essayé, et dont ils ont trouvé le produit fini... désastreux ...

Mais qu'en sera t'il de la démocratie à l'ukrainienne?

 

L'Ukraine à l'ère du complot polonais

"Conformément à la tradition en Russie, un nouveau complot a été démasqué. Si, il y a cent ans, les services secrets impériaux russes ont découvert le Protocole des sages de Sion, et si Staline a pu démasquer le complot des 'blouses blanches', cette fois-ci, le complot n’est ni juif ni russe, mais polonais", écrit Leopold Unger, une grande plume de la presse polonaise, dans Gazeta Wyborcza. La Pologne est montrée du doigt à Moscou, par "Sergueï Markov, le politologue réputé que Moscou a envoyé en Ukraine pour aider la victoire du candidat Ianoukovitch… dont il lui semblait que la victoire était dans la poche. Mais au moment où la poche s’est révélée partiellement vide et, qui plus est, falsifiée, Markov a découvert qu’il y avait un complot de propagandistes polonais et que la campagne électorale de Iouchtchenko 'avait été élaborée par la diaspora polonaise, avec comme père idéologique, Zbigniew Brzezinski et ses deux fils qui ont ensuite fait venir en Ukraine Lech Walesa et Aleksander Kwasniewski."

"Ainsi, le conseiller de Poutine pour les relations avec l’Union européenne, Sergueï Iastrzembski, voit "certaines forces occidentales" derrière les événements, sans préciser lesquelles. Et insiste sur le parallèle entre ce qui se passe aujourd’hui en Ukraine et le rôle de Solidarnosc en Pologne, avec une allusion aux "mêmes marionnettes et autres scénarios semblables". C’est bel et bien la Pologne qui est visée."

 

Par ailleurs il est assez important de savoir que certains membres des partis socialistes de l'ex-RDA, de l'ancienne Tchécoslovaquie et des membres du parti LPR polonais ( Ligue des familles polonaise parti nationaliste et catholique ) ont boudé l'entrée de Youshchenko au parlement européen, ils ne se sont pas levés ... cela étonne la presse polonaise et en choque d'autres, mais ce qui lui est reproché c'est de s'être entourée des mouvements nationalistes et ultranationalistes ukrainiens y compris des mouvements fascistes ayant par le passé semés la terreur sur le territoire polonais en commettant des massacres, en organisant des progroms antisémites, en s'alliant avec les Nazis , et surtout en faisant du nettoyage ethnique sous l'oeil bienveillant des Allemands lors de la deuxième guerre mondiale ...

encore une petite remarque importante :

Les Partis de Gauche d'Ukraine au Service de la Bourgeoisie

Article publié dans le journal ukrainien «Rabotcho-krestyanskaya pravda». No. 6 (63), 2002

Les élections au Conseil supérieur de l'Ukraine qui viennent de se dérouler ont encore une fois montré de manière évidente que la classe ouvrière, les masses laborieuses ne peuvent pas reprendre le pouvoir par la voie parlementaire, que la bourgeoisie a entièrement et définitivement mis le parlementarisme à son service pour consolider son pouvoir, le pouvoir du fric, le pouvoir du capital, pour poursuivre et accentuer l'exploitation du peuple laborieux.

Seuls six partis et blocs sont entrés au Parlement. Ce sont d'abord les partis du gros capital oligarchique «Pour une Ukraine unie!», «Notre Ukraine», «Batkivchtchina», le P.S.-D.(u.)U., ainsi que le P.S.U., parti nationaliste petit-bourgeois, et le P.C.U., parti opportuniste.

Mais, puisque des centaines de milliers d'électeurs identifient encore jusqu'à présent le P.S.U. à un parti de gauche (1.770.000 électeurs lui ont donné leur voix aux dernières élections), nous commencerons notre analyse par ce parti.

Batkivchtchina, - mot ukrainien signifiant à la fois 'patrimoine' et 'patrie'. (N.d.T.) P.S.-D.(u.)U., - Parti social-démocrate (unifié) d'Ukraine. (N.d.T.)1


 

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