la mort d'Aslan Mashadov

Publié le par Muratko Muratko

 

dans la presse russe ...

 

Les Izvestia, le quotidien d'information de très loin le plus diffusé en Russie, connu pour être très peu critique envers le pouvoir en place, titre : "Le terroriste numéro zéro a été tué", et estime que "l'arrestation et la liquidation de Maskhadov n'ont jamais été une tâche impossible d'un point de vue tactico-militaire", tant "la petite Tchétchénie est quadrillée par les services de sécurité de Kadyrov", le président tchétchène pro-russe.

 

Pour les Izvestia, on pourrait donc estimer qu'"il ne s'agit pas d'un succès fortuit des services de sécurité, mais d'une décision prise au plus haut niveau". Et s'il en est ainsi, poursuit le journal, "alors l'approche de la Tchétchénie se modifie radicalement au Kremlin". En effet "comme chef militaire, Maskhadov n'avait pas plus de poids que n'importe lequel des dizaines de commandants de terrain". C'est donc comme leader politique qu'il "irritait le Kremlin, mais pas au point de renoncer à la ligne depuis longtemps arrêtée, selon laquelle il était nécessaire (…) de conserver pour parer à toute éventualité un leader de la résistance tchétchène, capable éventuellement de devenir le dirigeant d'une aile politique, d'une sorte de 'Sinn Fein' [la branche politique de l'IRA] tchétchène".

D'après le journal, le moratoire sur les opérations militaires de février, mais surtout le fait que "Maskhadov avait de fait pour la première fois depuis la deuxième guerre clairement pris ses distances avec Bassaev [chef de guerre radical d'une branche de la résistance tchétchène, qui a revendiqué plusieurs attentats dont celui de Beslan, soupçonné par certains de collusion avec les forces russes]" aurait pu être la "dernière goutte" fatale au responsable tchétchène, à la veille de la conférence prévue en mars sous l'égide de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe.

 

Le quotidien Gazeta, qui annonce sobrement en "une" "Liquidé", affirme lui que "des renseignements sur la présence d'extrémistes dans la localité ont été donnés par des bandits arrêtés peu avant dans le district de Nojaï-Iourtov, où avait été observé un important bataillon d'extrémistes sous le commandement d'Akhmed Advokhanov (le chef de la garde personnelle d'Aslan Maskhadov)" et que ce sont eux qui auraient informé les autorités de l'intention de leurs meneurs de "commettre un important attentat le 8 mars dans la localité de Tolstoï Iourt".

Cité par plusieurs journaux, dont la très populaire Komsomolskaïa Pravda qui publie son interview, le vice-président tchétchène prorusse, Ramzan Kadyrov, a déclaré que Maskhadov avait été tué par son propre garde du corps, mais l'information a été démentie par les autorités fédérales. Il a également estimé que "pour un guerrier, c'est un déshonneur que de mourir en un tel jour", le 8 mars, journée internationale de la femme, et rappelle que son père Akhmat-Khadji, auquel il a succédé, était mort "héroïquement" dans un attentat un 9 mai, date anniversaire pour les Russes de la victoire sur l'Allemagne nazie, "un jour viril".

 

Cité dans les Izvestia, il déclare également "ne pas faire la guerre aux morts", et se dit prêt à remettre la dépouille du président Maskhadov à sa famille si elle se présente. Mais le journal rappelle les déclarations d'Ilia Chablakine selon lesquelles "il existe une loi en vigueur qui interdit de donner le corps des terroristes", et en conclut que "le corps de Maskhadov sera inhumé dans un cimetière spécial, dans un tombeau anonyme numéroté".

 

LA TCHÉTCHÉNIE SANS MASCHADOV

 

Entreprenant d'évaluer "l'héritage de Maskhadov", Gazeta rappelle que le Tchétchène est devenu célèbre en janvier 1996, quand il a ordonné l'arrêt des opérations militaires contre les troupes russes, et qu'il "a plus d'une fois affirmé qu'il n'était pas impliqué dans les actes terroristes", que "sa victoire au début de 1997 avait été saluée par les habitants tchétchènes, supposant qu'avec son arrivée prendrait fin la période des guerres et des conflits, comme par le Kremlin, qui estimait qu'il était prêt à des négociations constructives". De sorte qu'alors, "Maskhadov avait une chance réelle de prendre la situation sous son contrôle".

 

La position du président, "modéré", n'était pas aisée, note le quotidien, puisque dès septembre 1998 "l'opposition anti-Maskhadov, avec à sa tête Bassaiev et Radouiev, avait réclamé la démission du président, l'accusant d'usurpation du pouvoir, d'enfreindre la constitution et la charia, et même de suivre une ligne prorusse". Mais Gazeta estime qu'"à la différence d'Akhmat Kadyrov et des frères Iamadaev, qui ont lutté armes en main contre les wahhabites et les boïeviki, Maskhadov n'a pas voulu s'accorder avec le centre fédéral et s'est en fin de compte retrouvé dans le même camp que Bassaev (…)". Le journal en conclut qu'on "qu'on ne peut faire que des conjectures sur le point de savoir à quel point les intentions de Maskhadov de faire la paix étaient sincères".

 

Le quotidien d'information économique et financière Viedomosti note lui que Maskhadov "a plus d'une fois proposé à Moscou d'engager des négociations de paix", et que "beaucoup d'hommes politiques occidentaux le considéraient comme le leader légitime de la Tchétchénie, avec lequel Moscou devait mener des pourparlers pour une résolution politique du conflit". Mais selon le même journal, "en Russie on espère que la mort de Maskhadov rapprochera la fin du conflit" et un député membre du comité pour la sécurité de la Douma estime dans le journal que "lever des fonds au nom de Maskhadov était beaucoup plus facile", de même qu'un membre du FSB affirme que "Maskhadov était un important détail de la machine terroriste de Chamil Bassaev (…), un 'gentil témoin' sans lequel les actions de Bassaev sont dépourvues de signification politique".

 

Kommersant publie des réactions moins unanimes. Akhmar Zagaev, député du parti pro-Poutine Russie Unie de Tchétchénie, voit dans la mort de Maskhadov "une fin inévitable pour lui", poursuivant : "Maskhadov, à part des souffrances, des larmes et du sang, n'a rien apporté à la Tchétchénie. A présent les groupes de bandits sont pratiquement décapités et il y aura moins d'attentats." Mais Arkadi Baskaev, un autre député du même parti, commandant de Grozny en 1995, déclare au journal : "Je trouve cela dommage, sa mort vient trop tôt. En 1995, je l'ai rencontré à plusieurs reprises, avec lui on pouvait résoudre les problèmes. Maintenant il ne reste plus parmi les indépendantistes que Bassaev. Et contrairement à Maskhadov, avec lui on ne peut parler de rien, et il ne remplacera pas Maskhadov."

 

Les journaux évoquent également la succession du président tchétchène. Kommersant précise que "des leaders de boïeviki en activité en Tchétchénie, il ne reste plus que Chamil Bassaev et Dokou Oumarov". Or, selon le journal, "les deux commandants de terrain (…) sont connus pour (…) leur agressivité envers la Russie". Les Izvestia concluent beaucoup plus nettement qu'"il n'y a pas de prétendant au poste de Maskhadov et qu'il ne peut y en avoir : sa position de président qui a conservé assez longtemps sa légitimité est unique". D'après le quotidien, "il n'y a plus de leader 'légitime' dans la résistance, il ne reste qu'une seule figure significative, celle de Bassaev (…)".

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