Le pouvoir des médias sur l'inconscient collectif

Publié le par Muratko Muratko

 

LE POUVOIR DES MEDIAS SUR L'INCONSCIENT COLLECTIF

 

Il est nécessaire et même urgent de penser et repenser le pouvoir de plus en plus démesuré des médias et des canaux de l'information dans la perspective de l’éthique. Leur transcription et description de la "réalité" tend à modeler celle-ci et les esprits, selon une vision du monde dominante unique et sans alternative. Le phénomène tend à paraître si "naturel" qu’on en vient à oublier le pouvoir de manipulation des médias, et il s'agit bien de cette manipulation qui est en cause. Certains se souviendront des grandes supercheries médiatiques tels que le faux charnier de Timisoara qui a selon certains motivée la pseudo-révolution roumaine qui a conduit à la fin de la dictature de Ceaucescu ou lles manipulations médiatiques lors de la 1ère et 2ième guerre du golfe. Le mensonge médiatique se limite-t-il aux grandes affaires? Comment les images mentent-elles ?

Dans le monde actuel où tout est soumis à la rentabilité, à la course aux sensations fortes, à la surenchère médiatique, les médias peuvent-ils encore garder leur rôle réflexif ? Où en est aujourd’hui la pensée critique de la fonction médiatique ? Ne manipule-ton que l’électorat comme en France avec la surenchère de "l'insécurité" qui au lendemain des élections avait disparu de nos écrans ? Comment penser la démocratie dans un monde où les opinions se fabriquent par les spin doctors ?

( * dans le monde diplomatique janvier 2003 => ) " A la fin des années 1960 et au début des années 1970, seulement quelques dizaines de photoreporters travaillant au sein des agences Gamma, Magnum, UPI et Associated Press, ou de grands magazines comme Life et Paris Match, étaient chargés de rapporter les images de l’actualité mondiale. Cette époque est souvent décrite comme un âge d’or. Un petit groupe d’opérateurs prestigieux et omniprésents, sous condition que chacun se trouvât au bon endroit au bon moment (« the right man, at the right time, at the right place »), aurait eu le pouvoir d’influer sur le cours de l’histoire par la seule diffusion de photographies - encore gravées dans nos mémoires - dont la force et la perfection résultaient de la mise en oeuvre de deux règles quasi scientifiques définissant un idéal spatiotemporel : l’« instant décisif », théorisé par Henri Cartier-Bresson, et l’adage de Robert Capa suivant lequel « si votre photo n’est pas bonne, c’est que vous n’étiez pas assez près ».

dans le monde diplomatique de d'octobre 2004 je note aussi ceci :

Attirer un « temps de cerveau disponible » pour le livrer aux marchands : l’ambition de certains grands médias vient d’être dévoilée franchement par le patron de TF1, Patrick Le Lay. Agressions inventées, mises en cause injustifiées, armes imaginaires... Depuis quelques mois, la presse paraît peu soucieuse de son devoir d’informer. Et les responsables politiques, quand ils ne se taisent pas par peur du pouvoir qu’ils ont concédé aux médias, font affaire avec les barons de presse.

 

Dans une introduction de La Ferme des animaux, G Orwell décrit comment la censure dans les sociétés libres est infiniment plus sophistiquée et minutieuse que dans les dictatures : « Les idées impopulaires peuvent être passées sous silence et les faits gênants rester dans l’ombre sans aucun besoin d’interdiction officielle. » Un demi-siècle a passé, et le message n’a rien perdu de sa justesse.

Rien de cela ne suggère une « conspiration ». Elle n’est nullement nécessaire. Les journalistes et les présentateurs de télévision ne sont pas différents des historiens et des professeurs : ils intériorisent les priorités, les modes et les bienséances du pouvoir établi. Comme certains responsables dans les hautes sphères du pouvoir, ils sont dressés ou façonnés pour écarter les doutes trop dévastateurs. Quand le scepticisme est encouragé, ce n’est pas vis-à-vis du système, mais de la compétence de ceux qui le dirigent, ou des réactions populaires telles que les journalistes les perçoivent.

 

 

Aux Etats-Unis, où constitutionnellement les médias sont les plus libres du monde, l’idée même d’une humanité aux droits universels est couramment mise en cause. Comme les Vietnamiens avant eux, les Irakiens seraient impurs, bons à être traqués. « Pour chaque GI tué, disait une lettre de lecteur publiée par le Daily News de New York, vingt Irakiens doivent être exécutés. » Le New York Times et le Washington Post n’auraient peut-être pas publié une telle correspondance, mais, à leur manière, ils ont aussi soutenu la fiction d’un arsenal d’armes de destruction massive en Irak.

Bien avant l’invasion, les deux quotidiens criaient au loup pour le compte de la Maison Blanche. A la « une » du New York Times, on pouvait lire les titres suivants : « Arsenal secret [de l’Irak]  : la chasse aux bactéries de la guerre », « Un déserteur décrit les progrès de la bombe atomique en Irak », « Un Irakien parle des rénovations de sites d’armes chimiques et nucléaires » et « Des déserteurs confortent le dossier américain contre l’Irak, disent des officiels ». Tous ces articles se sont révélés de la propagande pure. Dans un courrier électronique interne (publié par le Washington Post), la journaliste du New York Times Judith Miller admit que sa source principale était M. Ahmed Chalabi, un exilé irakien et un prévaricateur condamné par les tribunaux, qui avait dirigé le Congrès national irakien (CNI) basé à Washington et financé par la CIA. Une enquête du Congrès conclut que presque toute l’information fournie par M. Chalabi et d’autres exilés du CNI était sans valeur.

En juillet 2003, alors que l’occupation battait son plein, le Times et le Post consacraient leur « une » au retour chez elle de Jessica Lynch, 20 ans, soigneusement mis en scène par l’administration Bush. Pendant l’invasion, la jeune fille avait été blessée lors d’un accident de la route et capturée. Des médecins irakiens avaient pris soin d’elle, lui sauvant probablement la vie – et risquant la leur – en la remettant aux forces américaines. La version officielle, selon laquelle elle avait courageusement combattu les agresseurs irakiens, n’était qu’un tissu de mensonges, tout comme son « sauvetage » dans un hôpital presque déserté, filmé à l’aide de caméras infrarouges par un metteur en scène de Hollywood.

Cela ne dissuada pas la crème du journalisme américain de s’unir pour soutenir la mise en scène du retour béatifique de Lynch à Elizabeth, en Virginie-occidentale, images d’Epinal à l’appui, et les gens du coin disant combien ils se sentaient fiers. Le Post regretta que l’affaire ait été « rendue confuse par les récits contradictoires des médias ». Déjà Orwell évoquait les « mots tombant sur les faits comme de la neige, brouillant leurs contours et recouvrant tous les détails ».

 

 

les Etats-Unis prétendant être un modèle en matière de respect des droits de l'homme, ces mesures sont autant de "mauvais exemples" exploités par les dictatures. En Chine, les autorités qualifient maintenant les séparatistes du Xinjiang (Ouest) de "terroristes" pour mieux justifier la répression et la fermeture de publications. Dans la politique extérieure de la grande puissance internationale, le respect des droits de l'homme est désormais relégué au second plan. Les Etats-Unis sont ainsi moins regardants sur les exactions et autres crimes de guerre commises en Tchétchénie par la Russie depuis que celle-ci s'est rangée derrière eux dans la lutte contre le "terrorisme". Reçu par Vladimir Poutine, le secrétaire général de l'OTAN a dénoncé "le fléau du terrorisme en Tchétchénie", reprenant ainsi la terminologie et la propagande officielle russe.

 

Mais une autre conséquence néfaste de cette politique américaine, c'est que plusieurs pays autoritaires comme la Tunisie se sont emparés de la bannière "antiterroriste" pour mieux étouffer la presse critique, accusée de faire le jeu des poseurs de bombes. En Chine, le régime communiste a intensifié sa répression contre les publications non autorisées dans la région du Xinjiang à majorité ouïgoures et musulmane, où les présumés "séparatistes" musulmans sont devenus des "terroristes" financés par Oussama ben Laden encore inconnu il y a peu. Dans cette région, l'administration chinoise aurait procédé à la saisie et à la destruction de nombreux livres et publications. Un responsable local du Parti communiste le reconnaît volontiers : "La campagne antiterroriste menée depuis le 11 septembre à l'échelle de la planète a aidé les autorités chinoises à renforcer la répression exercée contre la minorité musulmane" de cette province. dans de nombreux pays la politique autoritaire menée par les USA en prétextant la lutte antiterroriste à servit de prétexte pour passer sous silence les graves entraves à la liberté de la presse et les exactions commises à l'encontre de leurs citoyens comme en Allemagne où la police mène des perquisitions dans des mosquées en cassant tout sur son passage et en fermant les yeux sur les agressiosn à caractère fascistes.

 

En Biélorussie, au Turkménistan, par exemple, dans un contexte de répression et de censure politiques, les arrestations arbitraires, les détentions et la torture sont bien trop fréquentes. La nécessité de renforcer la sécurité ne devrait pas servir de prétexte pour emprisonner les opposants politiques et ignorer les obligations internationales en matière des droits de la personne. Au Népal, l'insurrection en cours et la réaction du gouvernement à cette dernière, a entraîné des violations alarmantes des droits de la personne, notamment des cas de disparitions, de torture et d'exécutions extrajudiciaires

 

En Russie après une brève pause durant laquelle le journalisme avait pu goûter aux plaisirs de la liberté d'expression, la presse est presque totalement sous contrôle de l'Etat par l'intermédiare des Oligarques proches du pouvoir en place, le président ex-KGBiste Poutine a depuis son arrivée au pouvoir fait en sorte que la presse ne vienne gêner sa politique de "démocratie dirigée", selon lui la "dictature de la Loi" ( autrefois c'était la dictature du prolétariat )

 

 

  • Selon un rapport de reporters sans frontières :
  • La prise de contrôle de la principale chaîne de télévision privée NTV par l'Etat russe, à travers la compagnie d'Etat Gazprom, intervient après des mois d'une dégradation continue de la situation de la liberté de la presse, constatée tout au long de l'année 2000 et sur tout le territoire de la fédération de Russie.
  • L'élection présidentielle du 26 mars 2000 a été marquée par un parti pris évident des chaînes de télévision d'Etat ORT (semi-publique) et RTR (publique) en faveur du candidat Vladimir Poutine, alors président par intérim. La moitié du temps d'antenne de la campagne lui a été accordée, les onze autres candidats se partageant le reste. Le 21 février, Guennadi Ziouganov, principal adversaire de Vladimir Poutine à l'élection présidentielle, a dénoncé l'"arbitraire" règnant dans les médias publics.
  • Le contrôle de l'information sur la Tchétchénie a été très sensiblement accru, le gouvernement et l'armée cherchant à éviter un retournement de l'opinion contre l'action russe dans la République indépendantiste. En janvier 2000, le Kremlin a créé un poste de coordinateur des médias pour la Tchétchénie et un centre de presse qui diffuse quotidiennement l'information officielle et organise des voyages dans la zone de guerre, sous étroite surveillance d'officiers russes. Le 15 mars, le ministère russe de l'Information a interdit aux médias de rapporter les propos des principaux leaders tchétchènes, dont le président Aslan Maskhadov. En cas de non-respect de cette règle, le ministère de l'Information retire, après deux avertissements, la licence du média en faute et suspend, voire menace d'interdire, sa diffusion en Russie. Les organes de presse étrangers connaissent parallèlement des difficultés croissantes à exercer leur activité et les accréditations pour la Tchétchénie sont, dans les faits, impossibles à obtenir.
  • Les autorités russes ont, à plusieurs reprises, rappelé leur intention de mieux maîtriser le "secteur stratégique" de l'information. Annoncée et théorisée dans la "doctrine sur la sécurité de l'information", approuvée par le président Poutine le 13 septembre 2000, cette politique de "renforcement des médias d'Etat" en charge de "la diffusion d'une information fiable aux citoyens russes" a été mise en œuvre de façon systématique. L'épreuve de force mise en scène par les pouvoirs publics russes avec les "oligarques" du secteur de l'information, s'est ainsi soldée par la prise de contrôle pure et simple par l'Etat de la seule chaîne privée d'audience nationale, NTV, et semble t-il également de la chaîne de télévision semi publique ORT, chaîne de télévision disposant de la plus forte audience sur tout le territoire de la Fédération de Russie. Son propriétaire, Boris Berezovski, avait dénoncé, en août 2000, la volonté de l'Etat, de prendre le contrôle de l'ORT et annoncé sa décision de confier la gestion des parts de la chaîne qu'il contrôlait (49%) à un groupe de personnalités attachées à l'indépendance de la chaîne. Ces parts auraient semble t-il été finalement vendues au groupe pétrolier Sibneft, une entreprise publique. L'ancienne chaîne de télévision de l'Union soviétique, partiellement privatisée en 1993, et qui s'était montrée particulièrement critique envers le président Poutine au moment de l'affaire du sous-marin Koursk, pourrait ainsi rejoindre la chaîne publique RTR, sous tutelle complète de l'Etat.
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Publié dans muratko

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